L’état de “flow”, ou comment s’épanouir intensément au quotidien

Il y a ces moments où l’on s’ennuie terriblement, où l’on a l’impression de pousser un lourd fardeau, et où l’on regarde sa montre toutes les cinq minutes en se demandant si elle n’est pas cassée. Et puis, à l’opposé, il y a parfois ces moments où tout coule de source...
12 novembre 2021
Bonjour Sophy
Temps de lecture    9 mns

You’ve got the power!

Vous n’êtes sans doute pas chamane ou maître zen, et pourtant, il y a fort à parier que vous entrez de temps à autres dans un état de conscience presque magique, ressemblant fort à une transe, une hypnose, où le temps semble s’effacer et où votre concentration est décuplée. Et cela, sans même avoir passé de longues heures à méditer, et en n’ayant rien consommé de plus illicite qu’une poêlée de champignons de Paris ou une infusion menthe-réglisse. 

Cet état de grâce, connu sous le nom de “flow”, se manifeste volontiers pendant une séance de peinture ou d’écriture, lors d’une après-midi de travaux manuels, ou encore au détour d’une partie de ping-pong ou de jeux de société.

Plus qu’une expérience agréable et stimulante, le flow serait une composante essentielle de notre épanouissement. Et bien qu’aucune expertise ne soit nécessaire pour atteindre un état de flow, certaines pratiques s’avèrent particulièrement propices à ce qu’il survienne. 

Pour concevoir l’atelier dédié au flow dans notre programme, nous avons examiné ce phénomène de plus près et nous sommes penchés sur la recette idéale d’un bon moment de flow.

Pourquoi le “flow”, et de quoi s’agit-il exactement ?

Le flow est un état mental particulier, étudié dès les années 70 par le psychologue américano-hongrois et figure influente de la psychologie positive, Mihaly Csikszentmihalyi (prononcer “Mi-haï Tchik-sèn’t-mi-haï”).
À cet état remarquable, que Csikszentmihalyi lui-même a qualifié d’”expérience optimale” et que les sujets interrogés comparaient à la sensation d’être portés par le courant d’une rivière, le psychologue a donné le nom de “flow”, soit “flux” en anglais[1].

Plus concrètement, le flow fait référence aux moments où nous sommes pleinement absorbés et engagés dans notre tâche en cours, où nous progressons avec fluidité et sans ressentir d’effort particulier, au point que nous en perdons la notion du temps, et oublions même parfois la fatigue, la soif, notre mal de dos, et le gratin dans le four. 

À noter que le flow s’observe uniquement dans les situations où nous sommes vraiment actifs mentalement ou physiquement : certaines occupations peuvent nous absorber pour des heures (regarder des vidéos de chats, somnoler au coin du feu), mais elles sont essentiellement passives – de l’ordre de la consommation de contenu ou de la relaxation – et ne sont pas considérées comme relevant du flow.

À quoi reconnaît-on le flow ?

Pour mieux comprendre le phénomène, le Pr. Csikszentmihalyi a notamment suivi des artistes, des musiciens, des sportifs, et des ouvriers dans leur quotidien, grâce à la méthode dite d’échantillonnage d’expérience[2] consistant à demander aux participants de décrire leur activité en cours et leur ressenti, à des moments aléatoires de la journée. Sur la base de ces observations, il a isolé certaines caractéristiques de l’état de flow  :

  • Nous sommes totalement concentrés sur la tâche
  • Le temps nous semble suspendu, ou distordu
  • L’activité est ressentie comme une fin et un plaisir en soi
  • Nous éprouvons une sensation de facilité, de fluidité
  • Notre conscience fait corps avec nos actions, nos ruminations et notre conscience de soi s’effacent

Quelques vertus du flow

Mais au fond, pourquoi est-ce si intéressant d’être dans le flow ?

Tout d’abord, bien entendu, le flow est une expérience plaisante sur le moment.  Mais contrairement à d’autres épisodes agréables, il est souvent associé de surcroît à une vraie satisfaction a posteriori. Et ce, car le flow survient essentiellement lorsque nous sommes actifs, et même, plus spécifiquement, lorsque la tâche en cours présente un défi tout juste à la hauteur de nos compétences, stimulant ainsi notre engagement et nous poussant dans nos retranchements.


“Les meilleurs moments de notre vie ne sont pas ceux où l’on est passif, réceptif, relaxé […] Les meilleurs moments surviennent généralement lorsque le corps ou l’esprit est étiré à sa limite, dans l’effort volontaire d’accomplir quelque chose de difficile et qui en vaut la peine.”

Mihaly Csikszentmihalyi

En plus de nous donner l’impression d’être compétents, le flow semble avoir un impact sur l’amélioration de nos compétences réelles.[3]

En outre, le flow étant associé à un effacement de la conscience de soi, ce qui inclut notre “critique intérieur”, il pourrait ouvrir la porte à une plus grande créativité. C’est l’observation qui a été faite dans le cadre d’études récentes en psychologie. [4] [5]

Des chercheurs en neurosciences se sont quant à eux intéressés à ce qu’il se passait dans le cerveau lors des moments de flow. Le Pr. Arne Dietrich et ses collègues ont observé une réduction de l’activité dans le cortex préfrontal, une région cérébrale typiquement impliquée dans les fonctions cognitives supérieures, telles que la planification et la conscience réflexive. [6] [7] Une autre étude a révélé que l’état de flow était associé à une plus grande curiosité, qui, à travers l’activité du circuit dopaminergique, semblait à son tour favoriser une meilleure mémorisation. [8]

4 ingrédients pour atteindre le flow

Bien sûr, il n’existe pas de formule magique ou d’incantation pour convoquer le flow à coup sûr. Mais il existe certaines conditions, certains contextes, dans lesquels il tend à se manifester plus souvent. Voici quatre pistes que vous pouvez explorer :

  • 1. Ni trop difficile ni trop facile

Pour faire référence à cet état de concentration et de fluidité qu’est le flow, les anglophones disent parfois qu’ils sont “in the zone”. Cette expression est révélatrice de la principale condition d’émergence du flow, à savoir une correspondance, un équilibre des forces, entre la difficulté de la tâche et notre niveau de compétence pour celle-ci. 

Les tâches qui nous semblent trop faciles tendent à nous ennuyer (faire la vaisselle, désherber l’allée, se faire des passes avec un ballon, répéter ses gammes…), et les tâches trop difficiles tendent à nous frustrer, voire nous stresser lorsqu’elles sont assorties d’un enjeu (s’exprimer dans une langue qu’on maîtrise peu, descendre une piste raide et verglacée à ski, résoudre un problème informatique….). Mais les activités qui nous posent un challenge raisonnable, un défi atteignable, nous stimulent et nous gratifient à la fois, et suscitent notre plein engagement.

Ainsi, une activité a priori ennuyeuse peut être rendue plus stimulante en la corsant ou en y introduisant un challenge (par exemple une limite de temps). Et de la même façon, une activité difficile peut être rendue plus gratifiante en abaissant légèrement son niveau de complexité.

  • 2. Les objectifs sont clairs et le feedback fréquent

Il est rare qu’on se passionne pour un jeu dont on ne connaît pas bien les règles. Et plus généralement, lorsque rien ne nous indique si l’on fait les choses bien ou pas, il peut être difficile de conserver sa motivation pour une activité. Une tâche sera donc beaucoup plus engageante et génératrice de flow si vous avez un objectif clair à atteindre (ex : faire un meilleur score que votre adversaire) et si vous bénéficiez de feedback vous permettant de mesurer fréquemment vos progrès vis-à-vis de celui-ci. Il peut s’agir d’un point marqué, d’une fausse note, d’une avancée de quelques centimètres sur la paroi, d’un bug qui apparaît sur l’écran, d’une ampoule qui s’allume…

  • 3. Se couper des distractions

Une fois que nous entrons en état de flow, nous sommes si absorbés par ce que nous faisons que nous ignorons la plupart des stimuli extérieurs et intérieurs qui pourraient nous en détourner (un collègue qui passe, le téléphone qui vibre, notre estomac qui crie famine…). Mais pour émerger, le flow demande souvent quelques minutes voire dizaines de minutes passées en continu sur une tâche, période pendant laquelle nous sommes vulnérables à tous les éléments perturbateurs et interruptions potentielles. Ainsi, si vous souhaitez faire l’expérience du flow, vous mettrez toutes les chances de votre côté en passant votre téléphone en silencieux, en prenant un en-cas si besoin, en demandant à votre entourage de ne pas vous déranger, voire, pour les activités les plus calmes, en écoutant du bruit blanc (vous savez, ces sons de pluie, de vagues, et de ventilateurs). 

  • 4. Identifier ses sources de flow personnelles

C’est sans doute le point le plus important : les activités génératrices de flow sont propres à chacun.

Jouer de l’harmonica, dessiner, coder un programme informatique, planifier sa prochaine escapade, réparer un meuble, écrire une histoire, fabriquer un vase, disputer un match de tennis, esquisser des pas de danse… Elles varient selon les personnes, leurs intérêts et leurs compétences, mais elles varient également au cours du temps, pour une personne donnée, à mesure que les intérêts changent et que les compétences se développent.
À noter, en outre, que le flow ne se trouve pas seulement dans un cadre de loisirs : bien qu’il puisse nous sembler rébarbatif, notre travail comporte souvent sa part d’opportunités pour nous immerger complètement dans une tâche.

Quoi qu’il en soit, vous gagnerez à prendre quelques minutes ou plus pour vous interroger sur les activités qui, pour vous, et aujourd’hui, génèrent cette délicieuse expérience du flow, ou du moins quelque chose qui s’en approche.

On peut avoir au début l’impression qu’il n’y en a pas tant que ça, et il faut parfois s’armer de persévérance pour les identifier ; prenez donc le temps d’explorer tous les domaines et contextes dans lesquels vous évoluez (travail, famille, amis, sports, arts…), et l’ensemble des choses que vous faites plus ou moins occasionnellement.

Et si vous souhaitez être accompagné dans cette réflexion, sachez que l’atelier “Mes sources d’épanouissement : pendant” au sein du programme Bonjour Sophy est dédié à la découverte et à la compréhension de vos sources de flow ! 

D’ailleurs, profitez-en, notre programme “Découvrir sa mission de vie est offert jusqu’à la fin d’année !



Emmanuelle Bioud Responsable Science & Contenu du programme Bonjour Sophy




1 Csikszentmihalyi, Mihaly. Finding Flow: The Psychology Of Engagement With Everyday Life. Hachette UK, 2020.
2 Csikszentmihalyi, Mihaly. « FLOW: The Psychology of Optimal Experience », 2000, 6.
3 Massimini, Fausto, Mihaly Csikszentmihalyi, et Antonella Delle Fave. « Flow and biocultural evolution ». In Optimal experience:  Psychological studies of flow in consciousness, 60‑81. New York, NY, US: Cambridge University Press, 1988.
4 Cseh, Genevieve M., Louise H. Phillips, et David G. Pearson. « Flow, affect and visual creativity ». Cognition and Emotion 29, no 2 (17 février 2015): 281‑91. https://doi.org/10.1080/02699931.2014.913553.
5 Schutte, Nicola S., et John M. Malouff. « Connections between Curiosity, Flow and Creativity ». Personality and Individual Differences 152 (1 janvier 2020): 109555. https://doi.org/10.1016/j.paid.2019.109555.
6 Dietrich, Arne. « Functional Neuroanatomy of Altered States of Consciousness: The Transient Hypofrontality Hypothesis ». Consciousness and Cognition 12, no 2 (juin 2003): 231‑56. https://doi.org/10.1016/S1053-8100(02)00046-6.  
7 Dietrich, Arne. « Neurocognitive Mechanisms Underlying the Experience of Flow ». Consciousness and Cognition 13, no 4 (décembre 2004): 746‑61. https://doi.org/10.1016/j.concog.2004.07.002.
8 Gruber, Matthias J., Bernard D. Gelman, et Charan Ranganath. « States of Curiosity Modulate Hippocampus-Dependent Learning via the Dopaminergic Circuit ». Neuron 84, no 2 (22 octobre 2014): 486‑96. https://doi.org/10.1016/j.neuron.2014.08.060.  
A propos de Bonjour Sophy


Bonjour Sophy est un écosystème d’entrepreneurs passionnés de développement personnel, regroupés autour d’une mission commune : accompagner chacun à découvrir et vivre sa mission de vie.

Bonjour Sophy propose un programme de coaching 100% digital composé de 20 ateliers interactifs qui guident l'utilisateur pas à pas dans la découverte de sa mission de vie.

Bonjour Sophy est lancé en juillet 2020 avec la complicité de partenaires tels que Petit BamBou, Talentoday, Chance, Scalab, Psychologies Magazine.